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A propos de "publications libres", dans le livre Constellations, trajectoires révolutionnaires du jeune XXIe siècle

vendredi 23 janvier 2015, par Atelier médias libres

Trois collectifs principalement sur papier (même s’ils ont tous un site) et un média sur Internet (même si son collectif a souvent envisagé une version papier), des membres de Z, CQFD, Article 11 et Rebellyon ont répondu à titre personnel aux questions du collectif à l’origine du livre Constellations. Cela forme l’un des textes de ce gros pavé paru au printemps dernier, qui propose un tour des dix dernières années. Un livre somme, avec quelques oublis, des tonnes de pépite, et beaucoup d’entretiens. Ainsi ce chapitre "Intervenir : énonciation & diffusion" donne un aperçu, avec des membres de ces différents collectifs, des choix, des réflexions et des pratiques des "publications libres". Il manque peut-être une radio, un collectif de vidéastes, des expériences différentes… mais plein de questions transversales à tous les types d’expression sont déjà abordées.

Y sont abordées les questions de fabrication, les choix "éditoriaux", les fonctionnements collectifs, les envies :

Rebellyon : Un site qui est lu par cinquante personnes par jour, c’est triste. C’est comme faire 20 tracts ou en diffuser plusieurs milliers d’exemplaires, ce n’est plus le même acte. (…) On manque complètement d’ambition. Gravement. Nos contenus, nos expressions, nos analyses, nos informations, mériteraient une diffusion beaucoup plus large. (…)

Z : On a souvent parlé de notre envie de sortir un journal à gros tirage deux ou quatre fois par mois, comme, par exemple, Diagonal en Espagne. Aussi modeste soit-elle, l’expérience de Jusqu’ici a vraiment permis d’éprouver la puissance que pouvait représenter un journal à diffusion nationale lors d’un mouvement… Il faudrait se pencher sur cette question…

L’ensemble des entretiens ne pouvant se résumer, en voici un petit sommaire :


- Journaliste ou pas ? Les médias d’un « mouvement » ?

  • Les débuts : la création et les premiers questionnements
  • Distance et proximité avec les sujets traités. Neutralité journalistique et engagement militant
  • Ligne éditoriale et ligne politique

- Processus, élaboration et fabrication

  • Temporalité
  • Écriture
  • Réseaux
  • Papier versus internet
  • La forme

- Impacts et ambition

L’intégralité des entretiens : Énonciation et diffusion : publications libres.

A noter que l’ensemble du livre est reproduit sur le site qui lui est consacré. Et que celui-ci est lui-même un exploit en terme de lisibilité et de navigation sur Internet. Il est réalisé en Spip, ce logiciel pour faire des sites web qui aurait presque pu avoir un chapitre tant son développement, son interface et sa communauté ont été importants depuis une dizaine d’années pour l’expression sur Internet dans les pays francophones. Et, surtout, avec de nombreux aspects anti-autoritaires.

En conclusion, un extrait de la présentation du livre :

S’il y a de l’histoire à écrire sur la décennie, c’est à partir de cette kyrielle d’expériences qui viennent reposer la question révolutionnaire. Nous disons « reposer », sans avoir à décréter si oui ou non cette question s’était éteinte dans les années 90 (voire 80). Nous disons « question révolutionnaire » parce que nous nous demandons bien ce que c’est, la révolution. La vieille conception héritière du bolchevisme – la révolution comme prise du pouvoir – est battue en brèche depuis des décennies et n’existe même plus comme pôle de tension. Reste que les façons de déposer le pouvoir sans le prendre sont peu référencées, et que l’imaginaire qui se dessine autour est loin d’être saillant et univoque (disons plutôt qu’il est pâle et divers...).

Au-delà du sentiment largement partagé d’un monde invivable, ce qui manifeste cette reprise, la voix qui formule la question, ce sont les existences embarquées dans cet élan, brutalement ou petit à petit, au cours des dernières années. Des vies qui se lient aux aspirations révolutionnaires, qui s’y construisent, s’y rencontrent et y tiennent. Leurs multiples voix se mêlent à d’autres, beaucoup plus nombreuses, jusqu’à vibrer ensemble en quelques occasions (durant des mouvements comme l’antimondialisation ou le CPE, et à leur suite). Elles se mêlent à toutes celles qui, par leurs petites dissonances quotidiennes, marquent le tempo. Se forme alors un ensemble parfois cacophonique, dont aucun des éléments ne connaît la partition à l’avance.

C’est peut-être ce qui s’impose à nous en premier lorsque nous abordons cette histoire : ce qui s’en dégage de plus profondément politique se niche jusque dans les plis de l’existence. Les gestes les plus quotidiens se font des moments de la lutte, tandis que les grands événements ne résonnent pas sans dessiner de nouveaux devenirs aux êtres. Là où « faire de la politique » rimait jadis avec critique et « engagement », se font désormais écho des existences prises entièrement dans l’idée de tenir ensemble la lutte et la vie. Comment pourrait-on en effet s’engager – au sens sartrien – dans nos vies ? Si elles portent dans leurs formes mêmes le combat, il n’est plus question de sortir militer, mais bien de partir de là où l’on est, de conjointement « vivre et lutter », dans une tension jamais résolue.

Nous parions également que cette galaxie d’expériences singulières se laisse lire comme une offensive. Il n’est plus, à notre sens, de sujets révolutionnaires identifiés comme les tenants d’un grand bouleversement à venir. Plus non plus – ou trop pour être regroupées dans un instant décisif – de Bastilles à prendre. Difficile dans ce cas de trouver des mots : tout cela constitue-t-il un mouvement ? Une génération politique ? La révolution reste à l’état de question, dont le livre n’est pas une réponse, mais à laquelle chaque texte se confronte, forgeant ainsi des outils à utiliser et à affûter dans les temps à venir.

Nous avons donc suivi des intuitions, des hypothèses, contenues dans toutes ces tentatives d’inscrire le combat à même l’existence. Ce sera pour beaucoup l’histoire d’aiguillages qui mènent vers des voies inattendues, qui creusent des fondations et se maintiennent dans leur bouleversement. « Partir de là où l’on est » désigne cette densification qui joue avec les frontières, tant territoriales qu’identitaires, et qui prend en compte aussi bien l’idée d’une origine, que celle d’un nécessaire mouvement. C’est l’existant mêlé aux possibles qu’il contient, et que fait circuler, en son langage propre, l’imaginaire. Et comme il n’existe pas d’îlot, pas d’oasis pour échapper à un ordre des choses qui a achevé depuis longtemps de se répandre aux quatre coins du globe, une telle exploration relève du combat.

Ce combat trouve son sens dans ses apparitions présentes ; non en un quelconque âge d’or à venir mais dans les expériences qui en constituent la texture. Les programmes ont été enterrés. Et c’est bien justement l’absence d’idéologie qui nous rend la révolution désirable, autant qu’elle la fait discrète. Néanmoins, il est bon quelquefois d’édifier des repères juste devant nos pas : « avoir des pistes », « esquisser des chemins ». Ces histoires sont de celles qui donnent le goût de l’inconnu, qui bâtissent leurs plongeoirs au bord des abysses d’avenir.

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